Hypothyroïdie du chien : signes, diagnostic et traitement à vie
Un chien qui grossit, dort davantage et perd ses poils souffre peut-être d’hypothyroïdie. Fréquente chez certaines races, elle se diagnostique mal mais se traite bien.

Information santé : contenu informatif général, rédigé à partir des sources publiques citées en bas de page. Il ne remplace pas une consultation vétérinaire : en cas de doute sur la santé de votre chien, consultez un vétérinaire.
Votre chien de sept ans a pris trois kilos sans manger plus. Il traîne en promenade, se colle au radiateur et sème ses poils partout. C’est le portrait type de l’hypothyroïdie du chien : la thyroïde ne fabrique plus assez d’hormones, et tout l’organisme tourne au ralenti. Elle se soigne bien, avec un comprimé par jour. Le piège est ailleurs : beaucoup de chiens suspectés ne l’ont pas.
À retenir
- Au Royaume-Uni, 0,23 % des chiens vus en clinique sont hypothyroïdiens ; l’âge médian au diagnostic est de 7,65 ans.
- Le dobermann, le terrier du Tibet et le boxer sont les plus exposés ; le yorkshire et le carlin le sont beaucoup moins.
- Fatigue, perte de poils et prise de poids sont les signes les plus fréquents.
- Une T4 basse ne prouve rien seule : une autre maladie, un médicament ou la race peuvent la faire chuter.
- Le traitement est une hormone à vie, réglée par prises de sang ; il faut quatre à huit semaines pour juger le résultat.
Une glande qui s’éteint, le plus souvent pour de bon
La thyroïde est une petite glande du cou. Elle produit la thyroxine, ou T4, qui règle la vitesse à laquelle le corps consomme son énergie. Quand elle en manque, tout ralentit : le chien brûle moins et grossit. Il rechigne à l’effort, et son poil repousse mal.
Plus de 95 % des cas viennent de la destruction de la glande elle-même, selon le Manuel vétérinaire MSD. La revue de Graham, Refsal et Nachreiner (Veterinary Clinics of North America, 2007) précise qu’au moins la moitié de ces destructions sont auto-immunes : les défenses du chien attaquent sa propre thyroïde. Les dégâts sont définitifs. Les formes présentes dès la naissance existent, mais restent rares.
Les chiens les plus exposés
Les chiffres viennent du programme britannique VetCompass. O’Neill et ses collègues (Canine Medicine and Genetics, 2022) ont passé en revue les dossiers de 905 553 chiens suivis en clinique en 2016. Ils ont compté 2 105 hypothyroïdiens, soit 0,23 %.
Certaines races sortent du lot. Le chiffre ci-dessous compare chaque race aux chiens croisés : 17 signifie un risque environ dix-sept fois plus élevé.
| Race | Risque comparé aux croisés |
|---|---|
| Dobermann | 17,0 |
| Terrier du Tibet | 11,3 |
| Boxer | 10,4 |
| Malamute de l’Alaska | 9,7 |
| Golden retriever | 4,4 |
| Beagle | 3,1 |
| Yorkshire terrier | 0,4 |
| Carlin | 0,3 |
Les chiens stérilisés sont un peu plus souvent touchés que les femelles entières. Un chien plus lourd que la moyenne de sa race a environ deux fois plus de risque d’être diagnostiqué, mais le surpoids peut aussi être une conséquence de la maladie.

Les signes de l’hypothyroïdie chez le chien
Les signes s’installent sur des mois, et on les met volontiers sur le compte de l’âge. Pour savoir lesquels reviennent le plus, on dispose de l’étude de Dixon, Reid et Mooney (Veterinary Record, 1999), sur 50 chiens dont la maladie avait été confirmée par un test de stimulation.
| Signe observé | Part des chiens atteints |
|---|---|
| Fatigue, chien « éteint » | 76 % |
| Perte de poils | 56 % |
| Obésité ou prise de poids | 44 % |
| Poil terne, de mauvaise qualité | 30 % |
| Peu d’envie de bouger, d’aller loin | 24 % |
| Peau qui fonce (hyperpigmentation) | 20 % |
Le Manuel MSD ajoute la frilosité : certains chiens cherchent sans cesse une source de chaleur. La perte de poils dessine souvent le même motif des deux côtés du corps ; les autres causes possibles sont passées en revue dans notre guide sur la perte de poils. Dans les formes marquées, la peau du front s’épaissit et la paupière tombe un peu : le Manuel MSD parle d’une expression « tragique ».
La prise de sang de routine peut aussi donner l’alerte. Dans la série de Dixon, 78 % des chiens avaient un cholestérol au-dessus des normes du laboratoire.
Un diagnostic plus piégeux qu’il n’y paraît
Votre chien a déjà eu une T4 basse sur une prise de sang ? Lisez ceci avant d’ouvrir la première boîte. Dans l’étude de Dixon, sur 136 chiens adressés pour une suspicion d’hypothyroïdie, 86 ne l’avaient pas. Carmel Mooney, vétérinaire à l’University College Dublin, explique pourquoi dans sa revue de 2011 (New Zealand Veterinary Journal) : un chien à la thyroïde parfaitement normale peut avoir des résultats qui font penser à la maladie. Traiter sur une seule T4 basse, c’est risquer de donner une hormone à vie à un chien qui n’en a pas besoin.
Trois situations font baisser la T4 alors que la thyroïde va bien.
Une autre maladie
Kantrowitz et ses collègues (JAVMA, 2001) ont comparé 223 chiens malades d’autre chose à 150 chiens sains. Chez les malades, la T4 était plus basse, d’autant plus que la maladie était grave. La TSH, l’hormone qui commande la thyroïde, restait plus souvent normale.
Un médicament
La revue de Bolton et Panciera (Journal of Veterinary Internal Medicine, 2023) dresse la liste.
| Traitement en cours | Ce qu’il fait à la T4 | Attendre avant le dosage |
|---|---|---|
| Phénobarbital (épilepsie), au long cours | sous les normes chez 15 à 75 % des chiens | 6 semaines après l’arrêt |
| Sulfamides potentialisés, forte dose | sous les normes chez 57 à 86 % des chiens | 4 semaines après l’arrêt |
| Corticoïdes à forte dose | baisse de la T4 | au moins 1 semaine |
| Aspirine | baisse possible en 24 heures | 7 à 14 jours |
| Anesthésie ou chirurgie | résultats faussés | 14 jours |
Les sulfamides, des antibiotiques, peuvent même provoquer une vraie hypothyroïdie, qui disparaît en général dans les quatre semaines suivant l’arrêt. Votre chien est soigné pour une épilepsie, ou il sort d’une cure d’antibiotique ? Dites-le avant la prise de sang.
La race
Les lévriers ont une T4 naturellement basse. Chez 46 greyhounds jeunes et en pleine santé, Shiel et ses collègues (Veterinary Record, 2007) ont trouvé une T4 sous la norme générale dans 91,3 % des cas. Pour eux, la norme générale du laboratoire n’est pas un repère fiable.
D’où les dosages croisés : T4 totale, T4 libre, TSH, parfois les anticorps de la thyroïdite. Le résumé des caractéristiques du Forthyron, un médicament autorisé en France, le pose noir sur blanc :
Le diagnostic d’hypothyroïdie doit être confirmé par des tests appropriés.
Un comprimé à vie, et des prises de sang
On ne répare pas la glande, on remplace ce qu’elle ne fabrique plus : de la lévothyroxine, une hormone de synthèse identique à la T4, en comprimés sur ordonnance, à vie.
La dose se calcule au poids, puis s’ajuste chien par chien, et c’est le vétérinaire qui la fixe. Pour le maître, le résumé du Forthyron (base de l’Agence nationale du médicament vétérinaire, version de septembre 2025) retient quelques consignes :
- même heure chaque jour, et toujours avant le repas, ou toujours pendant : la nourriture modifie l’absorption ;
- la prise de sang de contrôle se fait environ trois heures après le comprimé, et se refait deux semaines après chaque changement de dose ;
- une fois la bonne dose trouvée, un contrôle tous les six à douze mois suffit ;
- les comprimés sont aromatisés et les chiens les aiment : rangez la boîte hors de portée.
Le vétérinaire démarre plus doucement si votre chien souffre aussi du cœur, d’un diabète, des reins ou du foie. Il traite d’abord une éventuelle maladie d’Addison, une insuffisance des glandes surrénales. Et si, sous traitement, votre chien se met à boire beaucoup, à haleter, à maigrir sans perdre l’appétit ou à s’agiter, la dose est peut-être trop forte : appelez le cabinet.
Bien réglé, le traitement marche, et l’entrain revient souvent avant le reste : dans une étude menée à l’université de Gand (Hrovat et collègues, Journal of Veterinary Internal Medicine, 2019), les chiens étaient plus actifs au contrôle des six semaines. Pour le poil et le poids, le Manuel MSD conseille d’attendre quatre à huit semaines avant de juger. Le poids, enfin, ne redescend qu’avec une ration revue : notre guide sur l’obésité du chien détaille la méthode.

Ce que la thyroïde n’explique pas
On entend encore qu’un chien agressif aurait « un problème de thyroïde ». Les études ne le confirment pas. Radosta, Shofer et Reisner (The Veterinary Journal, 2012) ont comparé 31 chiens agressifs envers leurs proches à 31 chiens calmes. Sur les dosages qu’utilisent les vétérinaires, aucune différence.
Dans l’étude de Gand, sur 20 chiens hypothyroïdiens suivis six mois sous traitement, seule l’activité a bougé. Aucun autre comportement n’a changé. Un chien qui mord relève d’un bilan de comportement, avec un vétérinaire ou un éducateur trouvé dans l’annuaire des professionnels, pas d’un comprimé de thyroxine.
Dernier piège, dans la gamelle. Köhler, Stengel et Neiger (Journal of Small Animal Practice, 2012) ont décrit 12 chiens dont la T4 dépassait de loin la norme, environ trois fois sa limite haute en valeur médiane. Tous mangeaient cru, ou recevaient des gorges, c’est-à-dire des œsophages, frais ou séchés. Six maigrissaient, haletaient ou s’agitaient. Un changement d’alimentation a tout remis en ordre chez les huit chiens revus. Si votre chien mange cru, dites-le avant tout bilan thyroïdien.
Questions fréquentes
L’hypothyroïdie du chien se guérit-elle ?
Dans l’immense majorité des cas, non : la glande est détruite et ne repart pas. L’exception, ce sont les sulfamides, dont l’effet disparaît après l’arrêt. La maladie se traite en revanche très bien. Une fois la dose trouvée, le chien retrouve son entrain en quelques semaines. Reste un comprimé par jour, à vie, et un contrôle tous les six à douze mois.
Combien de temps avant de voir l’effet du traitement ?
Quatre à huit semaines pour juger le poil et le poids, selon le Manuel MSD et le résumé officiel du Forthyron. L’activité revient plus tôt : dans l’étude de Gand, elle progressait déjà au contrôle des six semaines. Entre-temps, le vétérinaire contrôle la T4 et ajuste la dose. Pour le poids, il faudra aussi revoir la ration.
Mon chien a une T4 basse : est-il forcément hypothyroïdien ?
Non. Une autre maladie, le phénobarbital, les corticoïdes, certains antibiotiques ou une anesthésie récente peuvent faire baisser la T4. Les lévriers comme le greyhound ont aussi des valeurs naturellement basses. Avant de lancer un traitement à vie, le vétérinaire confirme en général avec d’autres dosages, comme la T4 libre et la TSH.
Races concernées
À lire ensuite






Sources
- O’Neill, Khoo, Brodbelt, Church, Pegram et Geddes, Frequency, breed predispositions and other demographic risk factors for diagnosis of hypothyroidism in dogs under primary veterinary care in the UK, Canine Medicine and Genetics 9, 11 (2022)
- Dixon, Reid et Mooney, Epidemiological, clinical, haematological and biochemical characteristics of canine hypothyroidism, Veterinary Record 145(17), 481-487 (1999)
- Graham, Refsal et Nachreiner, Etiopathologic findings of canine hypothyroidism, Veterinary Clinics of North America: Small Animal Practice 37(4), 617-631 (2007)
- Mooney, Canine hypothyroidism: a review of aetiology and diagnosis, New Zealand Veterinary Journal 59(3), 105-114 (2011)
- Kantrowitz, Peterson, Melián et Nichols, Serum total thyroxine, total triiodothyronine, free thyroxine, and thyrotropin concentrations in dogs with nonthyroidal disease, JAVMA 219(6), 765-769 (2001)
- Bolton et Panciera, Influence of medications on thyroid function in dogs: An update, Journal of Veterinary Internal Medicine 37(5), 1626-1640 (2023)
- Shiel, Brennan, Omodo-Eluk et Mooney, Thyroid hormone concentrations in young, healthy, pretraining greyhounds, Veterinary Record 161(18), 616-619 (2007)
- Radosta, Shofer et Reisner, Comparison of thyroid analytes in dogs aggressive to familiar people and in non-aggressive dogs, The Veterinary Journal 192(3), 472-475 (2012)
- Hrovat, De Keuster, Kooistra, Duchateau, Oyama, Peremans et Daminet, Behavior in dogs with spontaneous hypothyroidism during treatment with levothyroxine, Journal of Veterinary Internal Medicine 33(1), 64-71 (2019)
- Köhler, Stengel et Neiger, Dietary hyperthyroidism in dogs, Journal of Small Animal Practice 53(3), 182-184 (2012)
- ANMV, Résumé des caractéristiques du produit Forthyron F M comprimés pour chiens (lévothyroxine sodique), AMM FR/V/6203578 5/2011, mis à jour le 19 septembre 2025
- Manuel vétérinaire MSD, Disorders of the Thyroid Gland in Dogs, version propriétaires (page modifiée le 17 septembre 2024)
Notre méthode : sources publiques citées, contenus datés et relus.
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