Choisir ses croquettes : lire une étiquette sans se faire piéger
Le nom du sac obéit à des pourcentages précis, la liste d’ingrédients beaucoup moins. Ce que garantit vraiment une étiquette de croquettes, et comment comparer.

Information santé : contenu informatif général, rédigé à partir des sources publiques citées en bas de page. Il ne remplace pas une consultation vétérinaire : en cas de doute sur la santé de votre chien, consultez un vétérinaire.
Vous tenez le sac de 12 kg à bout de bras dans l’allée, un poulet doré en photo sur la face avant. Vous le retournez. Une colonne de mots minuscules, des pourcentages, des « cendres brutes ». Par où commencer ?
Pour choisir ses croquettes, lisez l’étiquette dans un ordre précis. D’abord la mention « aliment complet ». Puis le nom du produit, qui obéit à des pourcentages fixés : « au poulet » veut dire 4 % de poulet au moins. Les constituants analytiques viennent après, et ils se comparent sur la matière sèche. La liste d’ingrédients, que tout le monde lit en premier, en dit beaucoup moins qu’on ne le croit.
À retenir
- Vérifiez d’abord la mention « aliment complet » : elle est obligatoire, et elle seule garantit que le sac suffit à nourrir votre chien (règlement CE n° 767/2009).
- Le nom du produit est chiffré : « au poulet » signifie au moins 4 % de poulet, « riche en poulet » 14 %, « poulet » tout court 26 % (code FEDIAF).
- Les ingrédients se classent à leur poids au moment du mélange, eau comprise : une viande fraîche peut passer en tête sans être la première source de protéines.
- Comparez deux aliments sur la matière sèche, et demandez les calories au fabricant : elles ne sont pas obligatoires en Europe.
Lire une étiquette de croquettes dans le bon ordre
Le règlement européen n° 767/2009 fixe le contenu de l’étiquette. Quatre mentions obligatoires se lisent en premier.
Commencez par le type d’aliment. L’article 15 impose la mention « aliment complet » ou « aliment complémentaire ». Un aliment complet suffit à lui seul pour la ration de la journée. Un complémentaire ne la couvre qu’avec d’autres aliments. Un sac « complémentaire » ne nourrit pas votre chien seul, quelle que soit la photo.
Le mode d’emploi doit indiquer la destination de l’aliment (article 17) : c’est en général là que vous lisez « chiot », « adulte » ou « grandes races ». Notre pilier sur l’alimentation du chien explique pourquoi un chiot de grande race ne mange pas comme un adulte, et l’outil mon chien peut-il manger couvre les aliments de la cuisine, que le sac ne concerne pas.
La date limite tient en une ligne, « à utiliser de préférence avant », suivie du mois.
Reste le contact, la ligne qu’on ne lit jamais et qui sert pourtant le plus. L’article 19 oblige les aliments pour animaux familiers à afficher un numéro gratuit ou un autre moyen de contact. C’est par là que passent toutes les questions auxquelles le sac ne répond pas.

« Au poulet » ou « poulet » : le nom du produit, une affaire de pourcentages
C’est la partie la plus précise de l’étiquette. Et la moins connue. Le code d’étiquetage de la FEDIAF, la fédération européenne des fabricants, fixe la quantité d’un ingrédient selon la façon dont il apparaît dans le nom.
| Ce qui est écrit sur le sac | Quantité de l’ingrédient | Exemple |
|---|---|---|
| « Saveur poulet » | Aucune obligation (0 %) | L’arôme peut suffire |
| « Aromatisé au poulet » | Plus de 0 %, moins de 4 % | Une trace de poulet |
| « Au poulet », « avec du poulet » | 4 % au moins | Le cas le plus courant |
| « Riche en poulet » | 14 % au moins | Un ingrédient majeur |
| « Poulet », « menu poulet » | 26 % au moins | L’ingrédient donne son nom |
| « Tout poulet » | Poulet seul, hors additifs | Rare en croquettes |
Ce tableau vient d’un code que les fabricants se sont donné, pas de la loi. La loi, elle, pose une autre règle. Si l’emballage met un ingrédient en avant, par un mot, une image ou un dessin, son nom et son pourcentage doivent figurer sur l’étiquette (article 17 du règlement). Le poulet doré de la photo vous donne droit à un chiffre. Et ce chiffre doit être précis : le code FEDIAF interdit d’écrire « minimum ».
Ces règles sont-elles respectées ? Une équipe polonaise a recherché l’ADN de poulet dans 15 aliments complets pour chiens adultes (Biel et collaborateurs, BMC Veterinary Research, 2022). Onze étaient conformes. Deux ne contenaient pas le poulet annoncé, deux autres en contenaient sans le déclarer. L’échantillon est petit, mais il rappelle qu’une étiquette engage le fabricant sans tout garantir.
La composition : l’ordre des ingrédients et le piège de l’eau
La liste s’intitule « composition ». Le règlement impose de classer les ingrédients par ordre de poids décroissant. Le code FEDIAF précise comment : à leur poids au moment où ils entrent dans le mélange. Un ingrédient déshydraté, comme une farine de viande, compte à son poids déshydraté.
Le piège est là. Une viande fraîche entre dans le mélange avec toute son eau. Pour ses propres conversions, le code FEDIAF retient 75 % d’eau dans une matière animale fraîche. Or une croquette finie ne contient pas plus de 14 % d’humidité, selon la définition du même code. Une grande partie de l’eau de la viande fraîche s’en va donc pendant la fabrication. « Poulet frais » en première position ne dit pas que le poulet fournit l’essentiel des protéines du sac.
Le règlement autorise aussi les aliments pour animaux familiers à désigner leurs ingrédients par catégorie plutôt que par nom : « viandes et sous-produits animaux », par exemple, sans préciser l’espèce.
Le comité nutrition de l’association mondiale des vétérinaires pour petits animaux (WSAVA) tranche dans sa foire aux questions de 2018 :
Le nom de l’ingrédient ne dit rien de sa qualité nutritionnelle, de sa digestibilité ni de la biodisponibilité de ses nutriments.
WSAVA, foire aux questions, 2018, notre traduction
Le chien allergique est un cas à part. Une équipe autrichienne a analysé douze aliments d’éviction du commerce (Horvath-Ungerboeck et collaborateurs, Veterinary Dermatology, 2017) : neuf des dix vendus sans ordonnance contenaient l’ADN d’espèces animales non déclarées, les deux aliments hydrolysés aucune espèce en trop. La WSAVA reconnaît que des contaminations croisées peuvent se produire en fabrication. Nos fiches signalent des allergies cutanées chez le berger allemand et le staffordshire bull terrier : pour eux, l’aliment d’éviction se choisit avec le vétérinaire, pas sur l’étiquette. Notre guide sur les allergies et démangeaisons détaille les autres causes.
Les constituants analytiques : comparer deux aliments sur la matière sèche
Le bloc le plus intimidant est aussi le plus utile.
Sous l’intitulé « constituants analytiques », le règlement impose quatre valeurs pour un aliment pour chien : protéine brute, matières grasses brutes, cellulose brute et cendres brutes. Les fabricants peuvent écrire « matières minérales » à la place de « cendres ». L’humidité n’est obligatoire qu’au-delà de 14 %, donc rarement sur des croquettes.
Non, personne n’a versé de cendres dans le sac. Le code FEDIAF l’explique : c’est le résidu de l’analyse en laboratoire, surtout des minéraux.
Ces pourcentages portent sur le produit tel qu’il est vendu, eau comprise : on ne compare donc pas directement une croquette et une pâtée. Il faut d’abord retirer l’eau. Le calcul tient en une ligne : on divise la valeur affichée par (100 moins l’humidité), puis on multiplie par 100. Deux exemples fictifs :
| Aliment (exemple fictif) | Protéines affichées | Humidité | Protéines sur matière sèche |
|---|---|---|---|
| Croquette | 26 % | 8 % | 28,3 % |
| Pâtée | 9 % | 78 % | 40,9 % |
La pâtée paraît trois fois moins riche en protéines. Une fois l’eau retirée, elle l’est davantage que la croquette.
Les glucides ne figurent pas sur l’étiquette. On les estime par différence : 100 moins les protéines, les graisses, la cellulose, les cendres et l’eau. Le groupe d’experts de la FEDIAF (2019) prévient que cette estimation surestime en général les glucides digestibles. Et si l’humidité n’est pas indiquée, le calcul reste approximatif.
Un chiffre peut manquer : la valeur énergétique, facultative en Europe. La WSAVA rappelle que l’information sur les calories n’est obligatoire qu’aux États-Unis. Or c’est lui qui permet de doser la ration. Pour un labrador, que nos fiches disent enclin au surpoids, c’est le premier chiffre à obtenir. Avec lui, notre calculateur de ration traduit les besoins de votre chien en grammes.

Ce que l’étiquette ne dit pas, et les questions à poser
Une étiquette ne dit ni qui a formulé la recette, ni comment elle a été contrôlée. La WSAVA conseille de poser quatre questions au fabricant, par le contact obligatoire de l’article 19 : emploie-t-il un nutritionniste qualifié ? Qui formule les recettes ? Quel contrôle qualité applique-t-il aux matières premières et aux produits finis ? Quelles études a-t-il menées, et sont-elles publiées dans des revues à comité de lecture ? Selon la WSAVA, un fabricant doit aussi pouvoir fournir une analyse type de tous les nutriments essentiels ; demandez-y les calories.
Si le fabricant ne peut pas ou ne veut pas répondre, la WSAVA recommande la prudence. Les mots « premium » ou « holistique » n’y changent rien : ils ne sont pas réglementés, et la WSAVA leur accorde peu de valeur pour juger un aliment.
Questions fréquentes
Que veut dire la rubrique « additifs » sur un sac de croquettes ?
Le règlement impose de lister les additifs sous ce titre. Ceux qui ont une teneur maximale légale doivent être déclarés avec leur quantité, rappelle le code FEDIAF. Pour les oligo-éléments, c’est la quantité de l’élément lui-même qui s’affiche. Le même code prévient que la quantité analysée peut s’écarter de celle affichée, à cause des pertes de fabrication et de conservation.
Quel taux de protéines choisir pour des croquettes ?
La FEDIAF, référence européenne pour formuler un aliment complet, fixe des minimums : 18 à 21 g de protéines pour 100 g de matière sèche chez l’adulte, 25 puis 20 g chez le chiot. Le taux imprimé sur le sac inclut l’eau : ramenez-le à la matière sèche avant de comparer. Pour un besoin particulier, demandez l’avis de votre vétérinaire.
Une étiquette de croquettes peut-elle mentir ?
Elle n’en a pas le droit. L’article 11 du règlement interdit un étiquetage qui induit l’acheteur en erreur, par exemple en prêtant à l’aliment des qualités qu’il n’a pas. L’article 13 interdit toute promesse de prévenir, de traiter ou de guérir une maladie. En cas de doute, écrivez au fabricant.
Races concernées
À lire ensuite






Sources
- Règlement (CE) n° 767/2009 concernant la mise sur le marché et l’utilisation des aliments pour animaux, version consolidée du 26 décembre 2018
- FEDIAF, Code of Good Labelling Practice for Pet Food (octobre 2019)
- FEDIAF Scientific Advisory Board, Carbohydrate Expert Review (septembre 2019)
- FEDIAF, Nutritional Guidelines for Complete and Complementary Pet Food for Cats and Dogs (septembre 2025)
- WSAVA Global Nutrition Committee, Guidelines on Selecting Pet Foods (mise à jour du 10 mars 2021)
- WSAVA Global Nutrition Committee, Frequently Asked Questions and Myths (janvier 2018)
- Biel, Natonek-Wiśniewska, Kępińska-Pacelik et collaborateurs, Detection of chicken DNA in commercial dog foods, BMC Veterinary Research (2022)
- Horvath-Ungerboeck, Widmann et Handl, Detection of DNA from undeclared animal species in commercial elimination diets for dogs using PCR, Veterinary Dermatology (2017)
Notre méthode : sources publiques citées, contenus datés et relus.
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