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Alimentation

Croquettes premium, vétérinaires, supermarché : que valent-elles ?

La loi ne distingue ni croquettes premium ni vétérinaires, sauf l’aliment diététique. Un essai vétérinaire nantais montre que le prix ne prédit pas leur digestibilité.

Femme accroupie sur le carrelage d’une cuisine qui ouvre un sac de croquettes blanc, entre un sac en papier kraft et un sachet vert sans marque, un épagneul breton orange et blanc qui renifle le sac

Information santé : contenu informatif général, rédigé à partir des sources publiques citées en bas de page. Il ne remplace pas une consultation vétérinaire : en cas de doute sur la santé de votre chien, consultez un vétérinaire.

Le sac du supermarché, celui de l’animalerie marqué « premium », celui que votre vétérinaire vend à l’accueil. Trois rayons. Un seul chien. Croquettes premium, vétérinaires ou de supermarché : la loi ne les distingue pas, à une exception près, l’aliment « diététique ». Quant à la digestibilité, un essai mené à Nantes l’a mesurée sur des chiens : les écarts ne suivaient pas l’étiquette de prix.

À retenir

  • « Premium » et « super-premium » ne sont définis par aucun texte.
  • Seul l’aliment « diététique » a un statut à part : il répond à un objectif d’une liste officielle (rein, calculs, surpoids, digestion).
  • À Nantes, les croquettes de distributeur et premier prix étaient les moins digestes, mais la plus digeste n’était pas la plus chère (Daumas et collaborateurs, 2014).
  • Une croquette peu digeste se donne en plus grande quantité : les selles et le poids de votre chien en disent plus que le rayon.
  • Chien en bonne santé : un aliment complet bien toléré suffit, d’où qu’il vienne. Chien malade : l’aliment se choisit avec le vétérinaire.

Premium, vétérinaire, supermarché : ce que la loi distingue vraiment

En France comme dans toute l’Union, les aliments pour animaux obéissent au règlement européen n° 767/2009. Il connaît l’aliment complet, qui suffit à la ration de la journée, et l’aliment complémentaire, qui ne suffit pas seul (notre guide pour bien nourrir son chien reprend ces bases). Il ne connaît ni le « premium », ni la « gamme vétérinaire », ni la marque de distributeur.

Le sac du supermarché et celui de la clinique suivent donc les mêmes règles. Ils doivent dire s’ils sont complets et lister composition et constituants analytiques. Ils donnent aussi un numéro gratuit ou un autre moyen de joindre le fabricant (article 19).

Pour la WSAVA, l’association mondiale des vétérinaires pour petits animaux, des termes non réglementés comme « holistique » ou « premium » ont peu de valeur pratique pour juger un aliment (conseils de 2021). Son guide de 2013 pour les propriétaires prévenait déjà que le prix, les ingrédients ou le fabricant ne garantissent pas forcément une bonne qualité nutritionnelle. Le « sans céréales », autre promesse du rayon, a son propre guide : croquettes sans céréales, utile ou marketing ?

Il y a une exception, une seule : l’« aliment pour animaux visant des objectifs nutritionnels particuliers ». Sa composition ou sa fabrication le distingue clairement des aliments ordinaires, et lui seul peut porter le mot « diététique » à côté de son nom (article 18).

Sous le nom de « croquettes vétérinaires », on trouve donc deux produits bien différents. Il y a les aliments diététiques. Et il y a les gammes d’entretien vendues en clinique, pour chiot, adulte ou senior, qui restent des aliments complets ordinaires, soumis aux mêmes règles qu’un sac de grande surface.

Technicienne en blouse blanche qui pèse des croquettes dans un bol sur une balance, dans une salle carrelée d’école vétérinaire, trois beagles tricolores qui attendent derrière une barrière

Ce qu’un essai mené à Nantes a mesuré sur huit croquettes

Une étiquette donne des teneurs, pas ce que le chien en tire. Cette part réellement absorbée, c’est la digestibilité ; le reste finit dans les selles. Aucune loi n’oblige à l’indiquer, notent les chercheurs d’Oniris, l’école vétérinaire de Nantes. Alors les maîtres jugent sur le prix et la réputation de la marque.

L’équipe de Caroline Daumas et Patrick Nguyen l’a mesurée (Journal of Nutritional Science, 2014). L’étude classe les marques en quatre types ; « marque standard » traduit son « basic-nutrition brand ». Huit croquettes sèches, déjà analysées par le magazine 60 Millions de consommateurs en 2011, ont été données tour à tour à six beagles adultes stérilisés. Sept jours d’adaptation, puis cinq jours de collecte des selles.

Type de marque (selon l’étude)CroquettesMatière sèche digéréeÉnergie absorbée
Super-premiumG et H82,2 % et 80,2 %85,0 % et 85,6 %
Marque standardA, B, E, Fde 78,4 à 84,4 %de 82,6 à 87,7 %
Marque de distributeurC69,3 %74,4 %
Premier prixD66,9 %72,6 %

En bas du tableau, pas de surprise. Distributeur et premier prix finissaient derniers dans les deux classements, celui du magazine comme celui des chercheurs. Sur 100 g de matière sèche avalée, la croquette premier prix laissait 33 g non digérés, contre 16 g pour la meilleure (notre calcul à partir du tableau de l’étude). D’après les valeurs mesurées par l’équipe, elle apportait aussi 280 kcal pour 100 g, contre 370 : environ un quart d’énergie en moins pour le même poids de croquettes. Les auteurs en tirent la conséquence pratique :

Un aliment peu digeste doit être donné en plus grande quantité pour apporter autant de nutriments qu’un aliment très digeste.

Daumas et collaborateurs, Journal of Nutritional Science, 2014, notre traduction

Plus haut, l’ordre ne suit plus le prix. La croquette la plus digeste (E) venait d’une marque standard. La plus chère (H), une super-premium, n’était ni la plus riche en protéines ni la plus digeste. Et deux recettes d’un même fabricant (E et F) affichaient des écarts importants : la marque ne garantit pas plus que le prix.

L’essai a ses limites : huit produits et six chiens seulement, avec des recettes de 2011 qui ont pu changer depuis. Il n’a reçu aucun financement, selon ses auteurs. Et sur ces huit sacs, payer plus cher n’a pas donné une croquette plus digeste.

Croquettes vétérinaires diététiques : un cahier des charges précis

L’aliment diététique, lui, est à part. Il ne se vend que si son objectif figure sur la liste du règlement (UE) 2020/354, modifié en 2024 et 2025. Chaque objectif impose ses caractéristiques et ses mentions, avec une durée d’utilisation. Exemples pour le chien :

Objectif inscrit au règlementExigence principaleDurée recommandée
Soutien de la fonction rénalePhosphore ≤ 5 g/kg et protéines brutes ≤ 220 g/kg (à 12 % d’humidité)Au départ, jusqu’à 6 mois
Compensation de la maldigestionProtéines digérées à 85 % au moins, graisses à 90 % (aliment peu fibreux)Jusqu’à 12 semaines, à vie en cas d’insuffisance pancréatique
Réduction d’un excès pondéralMoins de 3 060 kcal/kg (à 12 % d’humidité)Jusqu’au poids visé, au-delà pour le stabiliser
Réduction des intolérances à certains ingrédientsSources de protéines choisies et limitées, ou protéines hydrolysées3 à 8 semaines, puis jusqu’à un an si les signes disparaissent
Dissolution des calculs de struviteUrine sous-saturée, ou acidifiée avec magnésium ≤ 1,8 g/kg5 à 12 semaines

Prenez la maldigestion. Pour se dire « très digestible », un aliment diététique doit atteindre 85 % de digestibilité des protéines. Aucune des huit croquettes testées à Nantes n’y arrivait, 82,5 % au mieux. Ce n’était pas leur rôle : c’étaient des aliments d’entretien.

Ces aliments s’adressent à des chiens malades. Nos fiches signalent le surpoids chez le labrador, l’insuffisance pancréatique exocrine chez le berger allemand, les calculs urinaires chez le dalmatien.

Ce n’est pas un médicament : le règlement exclut les aliments médicamenteux de la catégorie et n’exige aucune ordonnance. Mais l’étiquette doit recommander l’avis d’un vétérinaire ou d’un expert en nutrition. Le diagnostic, lui, revient au vétérinaire, comme pour l’insuffisance rénale ou l’obésité.

Pour un chien allergique, le circuit peut compter. Une équipe autrichienne a analysé douze aliments vendus pour un régime d’éviction (Horvath-Ungerboeck et collaborateurs, Veterinary Dermatology, 2017). Neuf des dix vendus sans ordonnance contenaient l’ADN d’espèces animales non déclarées. Les deux aliments à protéines hydrolysées ne contenaient que l’espèce annoncée. L’échantillon est petit, douze produits d’un seul pays. Mais si l’aliment contient la viande qu’on cherche justement à écarter, le test ne veut plus rien dire. Notre guide sur les allergies et démangeaisons explique le régime d’éviction.

Gare aux imitations. Lors d’une enquête de 2023, la DGCCRF a trouvé des produits reprenant des formules proches des objectifs officiels, sans les mentions obligatoires ni les exigences liées. Sans le mot « diététique » sur le sac, ce n’en est pas un, même vendu en clinique.

Border collie noir et blanc assis sur le plateau d’une balance au sol dans la salle d’attente d’un cabinet vétérinaire, son maître qui tient la laisse et une assistante en tunique bleue penchée vers lui

Comment juger un sac de croquettes, quel que soit le rayon

Ce qui est écrit sur le sac n’est d’ailleurs pas toujours vrai. La même enquête de la DGCCRF a contrôlé 315 professionnels : sur 107 produits analysés en laboratoire, 31 présentaient une anomalie, chiffre qui mêle animaux de compagnie et d’élevage. Parmi les exemples, des croquettes pour chiens « sans gluten » qui en contenaient, et un distributeur qui disait françaises des croquettes fabriquées au Royaume-Uni.

En pratique, trois réflexes.

Vérifiez d’abord la mention « aliment complet » : sans elle, le sac ne nourrit pas votre chien seul.

Interrogez ensuite le fabricant, par le contact de l’étiquette : la WSAVA conseille de lui demander s’il emploie un nutritionniste, qui formule ses recettes et quels contrôles qualité il applique. Sans réponse, prudence.

Reste le meilleur témoin, votre chien. Une croquette peu digeste, rappellent les chercheurs de Nantes, peut augmenter les gaz et la quantité de selles, et les ramollir. Notre calculateur de ration donne un point de départ en grammes : si votre chien maigrit ou grossit avec cette quantité, parlez-en au vétérinaire. Des selles molles qui durent ont bien d’autres causes, que détaille notre guide sur la diarrhée du chien. Et pour ce qui s’ajoute à la gamelle, l’outil mon chien peut-il manger dit ce qui est sans danger.

Questions fréquentes

Les croquettes vendues chez le vétérinaire sont-elles meilleures ?

Pas par nature. Une gamme d’entretien vendue en clinique obéit aux mêmes règles qu’un sac de supermarché. Seuls les aliments marqués « diététique » suivent un cahier des charges particulier, celui du règlement 2020/354. Ce que le cabinet apporte, c’est un vétérinaire qui connaît votre chien et peut adapter le choix à sa santé.

Les croquettes de supermarché rendent-elles les chiens malades ?

Aucune des études citées ici ne le montre. Un aliment complet doit suffire à la ration journalière, quel que soit son prix. L’essai de Nantes a mesuré une digestibilité plus faible sur deux croquettes bas de gamme, pas une maladie. Si votre chien garde son poids et des selles normales, rien n’oblige à changer.

Comment comparer le prix de deux croquettes ?

Comparez le coût par jour, pas le prix au kilo, puisqu’une croquette peu digeste se donne en plus grande quantité. Divisez le prix du sac par le nombre de jours qu’il dure à la ration de votre chien. Le calculateur de ration donne cette ration à partir de son poids et de son activité, et des calories de la croquette si vous les connaissez.

Races concernées

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Sources

Notre méthode : sources publiques citées, contenus datés et relus.

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