Alimentation mixte du chien : mélanger sans déséquilibrer sa ration
Croquettes et pâtée, restes ou fait-maison : l’alimentation mixte convient au chien si un aliment complet reste la base et si chaque ajout est compté.

Information santé : contenu informatif général, rédigé à partir des sources publiques citées en bas de page. Il ne remplace pas une consultation vétérinaire : en cas de doute sur la santé de votre chien, consultez un vétérinaire.
Dimanche soir. Une poignée de croquettes, une cuillère de pâtée pour qu’il mange avec appétit, le reste de poulet du déjeuner par-dessus. C’est l’alimentation mixte, et elle peut très bien nourrir un chien. La condition n’a rien à voir avec la digestion, contrairement à ce qu’on lit souvent : l’aliment complet doit rester la base, et tout ce qu’on ajoute doit être compté.
À retenir
- L’alimentation mixte associe plusieurs aliments dans la ration d’un chien : croquettes et pâtée, par exemple, ou aliment du commerce et restes de table.
- Deux aliments « complets » se partagent la ration sans risque, à condition de partager aussi les calories.
- Un ajout « complémentaire », un reste ou un fait-maison non calculé doit rester sous 10 % des calories du jour, selon la WSAVA et l’AAHA.
- Aucune étude n’a montré qu’un mélange dans la même gamelle gêne la digestion.
- Les restes de table sont associés au surpoids dans plusieurs études : c’est là que la ration dérape.
L’alimentation mixte, une habitude très répandue
Vous n’êtes pas seul à mélanger. En France, selon le baromètre réalisé par Odoxa pour la FACCO, la fédération des fabricants d’aliments pour animaux (rapport 2026), 84 % des propriétaires de chiens donnent des croquettes et 40 % des restes de table. Les boîtes, barquettes ou sachets concernent 27 % d’entre eux, les friandises la moitié. Le même baromètre répartit l’alimentation des chiens : 83 % industrielle, 9 % ménagère, 8 % un mélange des deux.
Ailleurs, même constat.
| Étude | Où, quand | Ce qui a été mesuré |
|---|---|---|
| Laflamme et collaborateurs | États-Unis et Australie, 2004 | 30,6 % des chiens ont des aliments non commerciaux dans leur ration principale |
| Becker et collaborateurs | Allemagne, 2012 | 35 % des maîtres combinent aliment du commerce et autres aliments |
| Dodd et collaborateurs | Cinq pays anglophones, 2018 | 13 % seulement des chiens ne reçoivent que des aliments du commerce |
| Heuberger et Wakshlag | États-Unis, 2011 | 59 % reçoivent des restes de table, 21 % des calories du jour |
L’enquête de Laflamme et collaborateurs (JAVMA, 2008), dont la première autrice travaillait pour Nestlé Purina, en tire une leçon simple : pour évaluer ce que mange un chien, il faut tout compter, pas seulement l’aliment principal. Une gamelle mixte multiplie justement ce qu’il faut compter.

Complet ou complémentaire : ce que dit l’étiquette
Le droit européen range chaque aliment pour chien dans une case. Le règlement n° 767/2009 appelle « complet » l’aliment qui, « en raison de sa composition, suffit à assurer une ration journalière ». L’aliment « complémentaire », lui, « n’assure la ration journalière que s’il est associé à d’autres aliments ». La WSAVA, l’association mondiale des vétérinaires pour petits animaux, rappelle qu’en Europe l’étiquette dit si l’aliment est complet, pour quelle espèce et quel stade de vie, ou complémentaire (questions fréquentes, 2018).
C’est elle qu’il faut lire en premier.
Deux aliments complets se mélangent sans calcul compliqué. Croquettes complètes le matin, pâtée complète le soir, ou les deux dans la même gamelle : chacun couvre les besoins du chien pour sa part de calories. L’erreur classique : servir les deux rations entières, l’une sur l’autre, au lieu de les partager. Nous l’expliquons dans notre guide pour bien nourrir son chien.
L’aliment complémentaire demande plus d’attention. Une pâtée ou une barquette peut l’être. La cuillère de pâtée « pour donner du goût » peut donc entrer dans cette case. La FEDIAF, la fédération européenne des fabricants, range dans cette catégorie les produits faits pour être mélangés à la maison avec d’autres aliments. La ration totale doit alors respecter les apports d’un aliment complet, précisent ses lignes directrices (2025). Les restes de table et le fait-maison préparé sans recette calculée jouent le même rôle : ils ne garantissent rien.
Où est le problème ? L’association américaine des hôpitaux vétérinaires (AAHA) répond dans ses recommandations de 2021 :
Au-delà de 10 % de l’apport calorique quotidien, les aliments non complets ou non équilibrés diluent les nutriments essentiels et apportent des calories en trop.
AAHA, recommandations de 2021, notre traduction
L’AAHA demande que l’aliment complet fasse au moins 90 % de l’apport. Le manuel vétérinaire Merck donne la même limite, pour éviter les carences (page révisée en 2024). La WSAVA aussi, pour les friandises.
Comment calculer les parts d’une alimentation mixte
Tout se compte en calories, jamais en grammes ni en « moitié de gamelle ». Une croquette contient environ 10 % d’eau, une pâtée en boîte de 68 à 78 %, selon le manuel Merck (Sanderson, 2023) : à poids égal, la pâtée nourrit bien moins.
Partez du besoin du chien. Pour un adulte, la FEDIAF retient une moyenne de 110 kcal par kilo de poids métabolique, soit environ 840 kcal pour un chien de 15 kg (notre calcul) ; notre calculateur de ration le fait pour vous. Mettez de côté 10 % pour les extras, 84 kcal ici, puis partagez le reste entre les aliments complets, dans la proportion qui vous arrange.
Moitié-moitié, par exemple :
| Pour un chien adulte de 15 kg | Calories du jour | Exemple de quantité |
|---|---|---|
| Besoin total (FEDIAF) | environ 840 kcal | |
| Extras (restes, friandises) | 84 kcal au plus | à compter, pas à peser |
| Croquettes complètes (moitié) | 378 kcal | 105 g si le sac annonce 3 600 kcal par kg |
| Pâtée complète (moitié) | 378 kcal | 378 g si la boîte annonce 1 000 kcal par kg |
Les densités du tableau sont des exemples : lisez celles de vos produits. Le règlement européen ne rend pas la valeur énergétique obligatoire sur l’étiquette : si elle manque, demandez-la au fabricant. Notez ces chiffres sur la porte du placard. Ce n’est qu’un point de départ : la silhouette du chien dira s’il faut ajuster.
Restes de table : là où la ration dérape
Les restes ne sont pas interdits. Dans la limite des 10 %, le bout de rôti remplace une friandise, il ne s’y ajoute pas.
Heuberger et Wakshlag (Journal of Animal Physiology and Animal Nutrition, 2011) ont relevé pendant trois jours tout ce que mangeaient 61 chiens. 59 % d’entre eux recevaient des restes de table, qui représentaient 21 % de l’apport calorique du jour : deux fois le plafond conseillé. Les maîtres qui en donnaient le plus avaient des chiens en surpoids. Et ces restes n’apportaient pas assez de vitamines et de minéraux au regard des recommandations.
Au Royaume-Uni, Courcier et collaborateurs (Journal of Small Animal Practice, 2010) comptent la fréquence des en-cas et des friandises parmi les facteurs associés à l’obésité. Au Canada et aux États-Unis surtout, Nielson et collaborateurs (Preventive Veterinary Medicine, 2023) trouvent que donner des aliments humains chaque semaine va avec un chien jugé en surpoids par son maître. Les maîtres estimaient les friandises à 15 % de la ration, en quantité et en médiane.
Une nuance compte. En Allemagne, Becker et collaborateurs (Tierärztliche Praxis, 2012) n’ont trouvé aucun effet du type de ration sur l’état corporel : mélanger, en soi, ne fait pas grossir. Le risque, c’est la tranche de jambon donnée en plus de la ration, sans rien retirer de la gamelle : ces calories que l’AAHA appelle « en trop ».
Certains chiens rendent l’exercice plus difficile. Chez le labrador, Raffan et collaborateurs (Cell Metabolism, 2016) ont trouvé une délétion du gène POMC chez 22 % de 383 chiens britanniques, associée à plus de poids et à une motivation alimentaire plus forte. Le retriever à poil plat la porte plus souvent encore. Le carlin et le beagle figurent parmi les races les plus exposées au surpoids dans les dossiers des vétérinaires britanniques (Pegram et collaborateurs, Journal of Small Animal Practice, 2021). Avec eux, chaque extra compte. Notre guide sur l’obésité du chien aide à faire le point.
Avant de vider une assiette dans la gamelle, regardez ce qu’elle contient. Oignon, ail, raisin, chocolat : l’outil mon chien peut-il manger et notre liste des 10 aliments dangereux font le tri.

Mélanger dans la même gamelle : et la digestion ?
Reste une crainte, celle de la digestion. On entend dire que croquettes et pâtée, ou croquettes et viande crue, ne se digèrent pas à la même vitesse, et qu’il faudrait les servir à des repas séparés. Nous n’avons trouvé aucune étude qui le montre.
La seule mesure retrouvée est ancienne et petite. Burrows et collaborateurs (American Journal of Veterinary Research, 1985) ont suivi la vidange de l’estomac chez quatre chiens de grande race. Avec une pâtée de viande, la moitié du repas avait quitté l’estomac en 2,2 heures. Il en fallait 2,6 pour des croquettes mouillées et 2,9 pour des croquettes sèches, des écarts que les auteurs jugent non significatifs. Les aliments étaient donnés séparément : l’étude ne dit rien d’un mélange. Et aucune étude publiée n’a mesuré la digestion d’un mélange de cru et de croquettes.
Le cru pose une autre question : ses bactéries. La WSAVA déconseille toute viande crue dans un foyer avec de jeunes enfants, des personnes âgées ou immunodéprimées (questions fréquentes, 2018).
Le changement brutal, lui, a été mesuré. Chez treize chiots beagles, une transition sur sept jours a donné moins de diarrhées qu’un changement d’un coup (Liao et collaborateurs, Animals, 2023). Introduisez donc un nouvel aliment progressivement.
Questions fréquentes
Croquettes le matin et pâtée le soir, est-ce mieux que mélanger ?
Ni mieux ni moins bien, d’après les données publiées. Ce qui compte, c’est que les deux aliments soient complets et que leurs calories, additionnées, correspondent au besoin de votre chien. Si votre chien a des troubles digestifs, parlez-en à votre vétérinaire avant de changer son organisation.
Peut-on mélanger croquettes et ration ménagère ?
Oui, si la ration ménagère est elle-même complète, c’est-à-dire calculée pour votre chien par un vétérinaire spécialisé en nutrition, comme le recommande la WSAVA. Une portion de fait-maison sans recette calculée compte comme un extra : 10 % des calories au plus. Au-delà, elle prend la place d’une part de l’aliment complet et dilue ses nutriments, prévient l’AAHA.
Un chiot peut-il avoir une alimentation mixte ?
Oui, avec deux aliments complets prévus pour la croissance : la mention du stade de vie figure sur l’étiquette. Gardez les extras sous 10 % des calories, refaites le calcul au passage à l’aliment adulte et faites le point avec votre vétérinaire. Notre guide sur l’alimentation du chiot détaille ces besoins.
Races concernées
À lire ensuite






Sources
- Règlement (CE) n° 767/2009 concernant la mise sur le marché et l’utilisation des aliments pour animaux, version consolidée du 26 décembre 2018
- FEDIAF, Nutritional Guidelines for Complete and Complementary Pet Food for Cats and Dogs (septembre 2025)
- WSAVA Global Nutrition Committee, Frequently Asked Questions and Myths (mise à jour de janvier 2018)
- Cline, Burns, Coe, Downing, Durzi, Murphy et Parker, 2021 AAHA Nutrition and Weight Management Guidelines for Dogs and Cats, Journal of the American Animal Hospital Association 57(4), 153-178 (2021)
- Sanderson, Feeding Practices in Small Animals, Merck Veterinary Manual (modifiée en octobre 2024)
- Sanderson, Dog and Cat Foods, Merck Veterinary Manual (révision de novembre 2023, mise à jour de juin 2025)
- FACCO, Rapport annuel 2026 (baromètre Facco-Odoxa 2025-2026)
- Laflamme, Abood, Fascetti et collaborateurs, Pet feeding practices of dog and cat owners in the United States and Australia, JAVMA 232(5), 687-694 (2008)
- Becker, Dillitzer, Sauter-Louis et Kienzle, Feeding of dogs and cats in Germany, Tierärztliche Praxis Ausgabe K 40(6), 391-397 (2012)
- Heuberger et Wakshlag, The relationship of feeding patterns and obesity in dogs, Journal of Animal Physiology and Animal Nutrition 95(1), 98-105 (2011)
- Courcier, Thomson, Mellor et Yam, An epidemiological study of environmental factors associated with canine obesity, Journal of Small Animal Practice 51(7), 362-367 (2010)
- Nielson, Khosa, Clow et Verbrugghe, Dog caregivers’ perceptions, motivations, and behaviours for feeding treats: A cross sectional study, Preventive Veterinary Medicine 217, 105971 (2023)
- Burrows, Bright et Spencer, Influence of dietary composition on gastric emptying and motility in dogs, American Journal of Veterinary Research 46(12), 2609-2612 (1985)
- Raffan, Dennis, O’Donovan et collaborateurs, A deletion in the canine POMC gene is associated with weight and appetite in obesity-prone Labrador retriever dogs, Cell Metabolism 23(5), 893-900 (2016)
- Pegram, Raffan, White et collaborateurs, Frequency, breed predisposition and demographic risk factors for overweight status in dogs in the UK, Journal of Small Animal Practice 62(7), 521-530 (2021)
- Liao, Yang, Huang et collaborateurs, Abrupt Dietary Change and Gradual Dietary Transition Impact Diarrheal Symptoms, Fecal Fermentation Characteristics, Microbiota, and Metabolic Profile in Healthy Puppies, Animals 13(8), 1300 (2023)
Notre méthode : sources publiques citées, contenus datés et relus.
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