Mon chien mange ses excréments : ce que dit la recherche
La coprophagie n’est ni une carence ni un vice. Ce que montre la plus grande enquête menée sur le sujet, pourquoi aucun produit ne marche.

C’est le sujet dont personne ne parle au parc. Votre chien mange des crottes, les siennes ou celles des autres, et vous avez essayé la poudre à saupoudrer sur la gamelle, les cris, le changement de croquettes.
La recherche a un message assez brutal sur ce sujet : ce n’est pas une carence, et à peu près rien de ce qui se vend ne fonctionne.
À retenir
- Environ un chien sur six mange régulièrement des excréments, et près d’un sur quatre en a mangé au moins une fois.
- Aucun lien n’a été retrouvé avec l’alimentation, l’âge ou la qualité de l’apprentissage de la propreté.
- Les chiens concernés visent les crottes fraîches, de moins de deux jours.
- Les produits vendus pour arrêter le comportement affichent des taux de réussite proches de zéro.
- Ce qui marche : ramasser tout de suite, apprendre le renoncement, et vérifier l’état parasitaire.
Ce que montre la plus grande enquête menée sur le sujet
Une équipe de l’école vétérinaire de l’université de Californie à Davis a mené deux enquêtes en ligne, l’une comparant chiens coprophages et non coprophages avec 1 552 réponses exploitables, l’autre ciblant les propriétaires de chiens concernés avec 1 475 réponses (Hart et al., 2018).
Les chiffres d’abord. 23 % des chiens avaient été vus au moins une fois en train de manger des crottes, et 16 % le faisaient fréquemment, à savoir six fois ou plus.
Les hypothèses habituelles ensuite, et elles tombent une par une. L’alimentation ne distingue pas les deux groupes : 82,3 % des chiens coprophages mangeaient des croquettes, contre 78,3 % chez les autres. La propreté non plus : 78 % des chiens coprophages avaient été faciles à rendre propres, contre 82 % chez les autres. L’âge, le sexe, l’anxiété mesurée par les propriétaires ne ressortent pas davantage.
Un seul facteur se détache nettement : la voracité. 51,1 % des chiens coprophages étaient décrits par leur propriétaire comme des mangeurs gloutons, contre 28,2 % dans l’autre groupe.
Et un détail décisif : 85 % des chiens concernés ne consommaient que des crottes de moins de deux jours.
Pourquoi ils font ça
C’est ce dernier chiffre qui a mis les auteurs sur une piste, et leur explication est la plus convaincante disponible aujourd’hui.
Chez le loup, les larves des parasites intestinaux présentes dans les selles deviennent infestantes au bout de quelques jours. Nettoyer l’aire de repos des crottes fraîches réduit donc le risque parasitaire pour le groupe, tandis qu’ingérer une crotte encore fraîche fait courir un risque bien plus faible.
Autrement dit, le comportement qui nous dégoûte serait un reste d’une conduite d’hygiène, et non une anomalie. Ce qui ne le rend ni agréable ni souhaitable dans un salon, mais qui change la façon de le traiter : vous n’avez pas un chien carencé, malade ou mal élevé.
À côté de ce cas de figure, deux situations plus banales existent. La chienne qui nettoie ses chiots pendant les premières semaines, ce qui est normal. Et le chiot qui explore tout par la bouche entre deux et six mois, et qui abandonne le plus souvent en grandissant.
Pourquoi les produits ne marchent pas
C’est la partie de l’étude que les fabricants n’aiment pas.
Les chercheurs ont interrogé les propriétaires sur onze produits vendus pour traiter la coprophagie, additifs alimentaires censés rendre les selles répugnantes, comprimés, poudres. Les taux de réussite rapportés vont de 0 à 2 %.
Les méthodes maison ne font guère mieux. Chasser le chien, lui crier dessus, badigeonner les crottes de piment ou de sauce piquante, utiliser un collier électrique : entre 1 et 4 % de réussite selon la technique.
Le taux de réussite rapporté des produits commerciaux et des approches de modification du comportement est proche de zéro.
Hart et al., Veterinary Medicine and Science (2018), traduit de l’anglais
Deux raisons à cet échec. La première, un additif ne traite que les crottes de votre chien, alors que beaucoup mangent celles des autres. La seconde, la punition arrive presque toujours trop tard, et elle apprend surtout au chien à manger plus vite, ou à s’éloigner pour le faire.
Cet air coupable qu’on croit lire chez le chien pris sur le fait n’aide pas à y voir clair. Une chercheuse américaine a montré qu’il apparaît en réponse aux reproches du propriétaire, y compris chez des chiens qui n’avaient rien fait (Horowitz, 2009).
Ce qui marche vraiment
Trois leviers, dans cet ordre.
Ramasser immédiatement. C’est de loin le plus efficace, et cela découle directement de la préférence pour les crottes fraîches. Un jardin nettoyé après chaque passage, une lampe frontale l’hiver, et le comportement perd sa matière première. Cela demande de la constance pendant plusieurs semaines.
Apprendre le renoncement. Le protocole du « laisse » se travaille à la maison, sur une friandise tenue dans la main fermée, puis posée au sol, avant d’être transposé dehors. Le chien apprend qu’il obtient toujours mieux en se détournant. Là encore, ce qui est refusé n’est jamais ce qui est donné : on paie avec l’autre main. Le découpage en un seul critère à la fois est expliqué dans notre méthode complète d’éducation.
Rappeler et payer très cher. En promenade, dès que vous voyez son intérêt monter, vous appelez et vous payez avec quelque chose de meilleur. Un chien qui apprend que revenir vaut mieux que ramasser change de stratégie en quelques semaines.
Pour les chiens vraiment déterminés, la muselière panier reste une solution honnête. Bien ajustée, elle laisse boire, haleter et prendre des friandises, et elle supprime le risque le temps de l’apprentissage.
Les vérifications à faire chez le vétérinaire
Même si l’enquête de Davis ne retrouve pas de cause médicale dans la majorité des cas, quelques situations méritent un examen.
Un chien qui commence brutalement à l’âge adulte, alors qu’il ne le faisait pas. Un chien qui maigrit, qui a des selles molles ou volumineuses, qui a un appétit anormal. Un chien sous corticoïdes, dont l’appétit est augmenté par le traitement. Un chien dont le vermifuge n’est plus à jour.
Une insuffisance pancréatique exocrine, une malabsorption, un parasitisme installé peuvent entretenir le comportement. Et dans tous les cas, un chien coprophage doit être vermifugé régulièrement, parce qu’il se réinfeste. Notre guide sur les vers intestinaux donne les rythmes recommandés.
Le renoncement travaillé ici sert aussi pour tout ce qu’il ramasse en ville : voir mon chien tire vers les poubelles.
Un mot sur les crottes de chat, qui sont un cas à part : elles sont appétentes parce que riches, et la solution est mécanique, une litière inaccessible au chien.
Faut-il s’inquiéter pour la santé du chien
Le risque principal est parasitaire, et il est réel : vers ronds, giardia, coccidies se transmettent par cette voie. Un protocole antiparasitaire suivi et un ramassage rigoureux le maîtrisent.
Le risque de transmission à l’humain existe mais reste faible avec des mesures d’hygiène simples : se laver les mains, ne pas laisser le chien lécher le visage des enfants, et redoubler de prudence chez une personne immunodéprimée.
Sur la mauvaise haleine, il n’y a pas de remède miracle. Un brossage des dents régulier et un contrôle dentaire annuel restent la seule réponse solide.
Questions fréquentes
Mon chiot de trois mois le fait, dois-je m’inquiéter ? Non, c’est fréquent à cet âge et cela disparaît souvent seul. Ramassez systématiquement, ne le grondez pas, et travaillez le renoncement en douceur. Le sujet croise l’apprentissage de la propreté du chiot.
Le changement d’alimentation peut-il régler le problème ? L’enquête de Davis ne retrouve aucun lien avec le type d’alimentation. Si votre chien est glouton, fractionner les repas et utiliser une gamelle anti-glouton peut aider un peu, mais n’attendez pas de miracle. Les repères de ration sont dans notre guide sur les bases de l’alimentation.
Il ne mange que les crottes des autres chiens. C’est la configuration la plus courante en ville, et la plus dépendante du renoncement en promenade. Laisse courte dans les zones à risque, rappel payé cher, et muselière si nécessaire.
Puis-je le punir sur le fait ? Non. Les taux de réussite rapportés pour la punition sont de l’ordre de quelques pour cent, et le principal effet observé est un chien qui devient plus discret. Les vétérinaires comportementalistes recommandent depuis 2021 de s’en tenir aux méthodes fondées sur la récompense.
Races concernées
À lire ensuite






Sources
- Hart, Hart, Thigpen, Tran et Bain, The paradox of canine conspecific coprophagy, Veterinary Medicine and Science (2018)
- Horowitz, Disambiguating the guilty look, salient prompts to a familiar dog behaviour, Behavioural Processes (2009)
- AVSAB, Position Statement on Humane Dog Training (2021)
Notre méthode : sources publiques citées, contenus datés et relus.
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