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Comportement

Les signaux d’apaisement du chien : ce que la science a vérifié

Tête détournée, truffe léchée, bâillement : les signaux d’apaisement viennent d’une éducatrice, pas d’un laboratoire. Voici ce que les études ont vérifié depuis.

Dans un parc, un chien de berger croisé merle flaire le sol tête baissée pendant qu’un petit chien fauve s’approche de lui, deux maîtres flous en arrière-plan

Votre fille serre le labrador contre elle sur le canapé. Le chien tourne la tête vers le mur, se lèche la truffe, bâille. Sur la photo, tout le monde le trouvera content.

Les signaux d’apaisement, ce sont ces petits gestes : le chien les envoie pour faire baisser la tension d’une rencontre, avec un autre chien ou avec vous. L’expression vient d’une éducatrice norvégienne, Turid Rugaas, qui en a décrit une trentaine dans un livre paru en 2006. Depuis, des chercheurs ont testé sa liste. Une partie tient, une partie est plus compliquée. Ce guide fait le tri, en complément du guide comprendre son chien : le langage canin.

À retenir

  • Un signal d’apaisement est un geste discret (tête détournée, truffe léchée, corps figé, bâillement) qu’un chien envoie pendant une interaction, surtout avec un inconnu.
  • Entre chiens, ça marche : après une agression, un signal fait retomber la tension dans huit cas sur dix, d’après Mariti et ses collègues (2017).
  • Ces mêmes gestes apparaissent aussi sans conflit, quand le chien est incertain. Un signal isolé ne dit pas « il souffre ».
  • Face à une menace forte, le chien arrête de signaler et passe à la soumission ou à la fuite. Le silence des signaux n’est pas un bon signe.
  • Vous répondez à un signal en créant de la distance. Jamais en punissant ce qui vient après, le grognement.

D’où vient la liste

Turid Rugaas est éducatrice, pas chercheuse. Elle a passé des années à regarder des chiens se rencontrer, puis a publié ses observations sous le titre On Talking Terms With Dogs. La seconde édition, chez Dogwise en 2006, décrit plus de trente gestes qu’elle appelle « calming signals » : détourner la tête, se lécher la truffe, bâiller, cligner des yeux, se figer, flairer le sol, s’approcher en courbe, se secouer, se coucher, lever une patte.

Le livre a beaucoup circulé chez les éducateurs. Mais il décrit, il ne prouve pas. Pendant dix ans, aucune étude ne l’a mise à l’épreuve.

Dans un parc, un chien gris à poil dur arrêté patte avant levée et tête tournée, face à un beagle qui approche lentement en se léchant la truffe

Ce que la science a confirmé

En 2017, une équipe de l’université de Pise a compté. Chiara Mariti et ses collègues ont filmé 24 chiens, 12 femelles et 12 mâles, chacun lors de quatre rencontres de cinq minutes sans laisse, avec un chien familier et un chien inconnu de chaque sexe. L’étude, publiée dans le Journal of Veterinary Behavior et présentée comme pilote, repose sur 2 130 signaux observés.

Trois choses en sortent. Les gestes de Rugaas sont bien des signaux : ils apparaissent pendant l’interaction, presque jamais quand les deux chiens s’ignorent. Ils sont plus nombreux entre inconnus, surtout la tête détournée, la truffe léchée, le corps figé ou fait petit, la patte levée. Et ils calment. Sur 109 épisodes agressifs, le chien agressé a répondu par au moins un signal dans 67 % des cas. Et quand il l’a fait, la tension est retombée dans 79,4 % des cas. Elle n’a monté que dans 5,5 % des cas.

Ce que dit la liste de RugaasCe que l’étude de Pise a mesuré (Mariti, 2017)
Ces gestes servent à communiquerOui : ils sortent pendant l’interaction, pas quand les chiens s’ignorent
Ils servent surtout avec les inconnusOui : nettement plus nombreux entre chiens qui ne se connaissent pas
Ils calment l’autre chienOui : la tension retombe dans 79,4 % des cas après un signal
Ils évitent le conflitPas dans cette étude : aucune des 109 agressions n’était précédée d’un signal reçu

Ces gestes réparent donc plus qu’ils ne préviennent : ils arrivent une fois que l’autre a montré les dents.

Ce que la science nuance

Avec vous, c’est moins net. Deux équipes ont regardé les mêmes gestes face à des humains.

Angelika Firnkes et ses collègues de l’université de Munich ont fait passer un test standardisé à 116 chiens adultes, face à des inconnus tantôt neutres, tantôt amicaux, tantôt menaçants (Journal of Veterinary Behavior, 2017). Le regard détourné et le léchage de babines sortaient bien plus souvent devant une personne menaçante. Mais devant une menace forte, les chiens signalaient nettement moins. Ils passaient à autre chose : la soumission, ou la fuite. Un chien qui a cessé d’envoyer des petits gestes n’est pas un chien rassuré. Il a changé de stratégie.

Giulia Pedretti et ses collègues des universités de Parme et de Vienne ont ensuite exposé 53 chiens à un humain qui s’approchait, de façon menaçante ou neutre (Animal Cognition, 2023). Le clignement, le léchage de truffe et le coup de langue sur les babines étaient plus fréquents chez les chiens qui ne réagissaient pas, ceux qui n’aboyaient pas et ne se jetaient pas en avant. Mais ils l’étaient quelle que soit la condition, menace ou pas. Seul le détournement de tête sortait davantage face à la menace. La même équipe a montré en 2024, dans Scientific Reports, que 46 chiens à qui on refusait une récompense se léchaient davantage la truffe devant un congénère que devant un humain, sans que leur cortisol bouge. Les auteurs parlent d’incertitude plus que de stress.

Beerda et ses collègues de l’université d’Utrecht l’avaient déjà noté sur dix chiens (Applied Animal Behaviour Science, 1998) : les gestes de la bouche accompagnent une contrainte modérée, sans montée de cortisol ; un stress fort donne une posture très basse, et là le cortisol grimpe.

Un léchage de truffe isolé ne veut pas dire « je souffre ». Il veut dire « je ne suis pas sûr de ce qui se passe ». Trois gestes en trente secondes, dans une situation que vous pouvez nommer, ce n’est plus la même histoire. Notre guide sur les signes de stress détaille les dix signes à repérer et leur contexte.

Pourquoi vous les ratez

Wan, Bolger et Champagne ont montré des vidéos de chiens à 2 163 personnes (PLOS ONE, 2012) : la joie était reconnue par 90 à 93 % d’entre elles, la peur par 30 % des personnes sans chien.

Chez les enfants, c’est pire.

Meints, Brelsford et De Keuster ont testé 124 enfants de 3 à 5 ans (Frontiers in Veterinary Science, 2018). Le léchage de truffe et le clignement n’étaient reconnus que dans 13 à 20 % des cas, et l’erreur la plus fréquente consistait à classer un chien en détresse comme « content ».

C’est la scène du canapé. Le labrador ou le golden de famille a tout dit, et il finit sur la photo.

Certains chiens ont aussi moins de mots. La revue de Siniscalchi et ses collègues (Animals, 2018) rappelle que la sélection a réduit le répertoire de plusieurs races : une queue très courte ou des oreilles qui ne bougent pas retirent des signaux. Chez un bouledogue français, c’est la tête et la bouche qu’il faut regarder, comme l’explique notre guide sur le langage corporel.

Golden retriever assis qui bâille largement dans une salle d’attente vétérinaire, sa maîtresse regarde son téléphone sans le voir

Comment répondre à un signal

La réponse tient en un mot : la distance. Éloignez le chien, ou ce qui le gêne. L’enfant lâche, vous reculez d’un pas, vous vous mettez de côté et vous arrêtez de le fixer. Si le chien envoie ces signaux à un autre chien, vous laissez la rencontre se faire à distance ou vous l’interrompez calmement, sans à-coup sur la laisse.

Ce qu’il ne faut jamais faire, c’est punir la suite. Un chien dont les signaux n’ont pas été entendus monte d’un cran : il se fige, puis il grogne. L’AVSAB, la société américaine des vétérinaires comportementalistes, rappelle dans sa position de 2021 que les méthodes aversives vont de pair avec davantage d’agressivité envers les gens et les autres chiens. Un chien puni pour avoir grogné apprend à sauter cette étape. La fois suivante, il n’y a plus d’avertissement.

Si votre chien envoie ces gestes tous les jours dans la même situation, le repas des enfants, la visite d’un proche, notez-la. Trois semaines de notes préparent une consultation, chez le vétérinaire d’abord, pour écarter une douleur, puis chez un éducateur ou un comportementaliste.

Questions fréquentes

Mon chien bâille quand je le caresse, il s’ennuie ?

Non, il vous parle. Le bâillement hors fatigue figure dans la liste de Rugaas, et l’étude de Mariti (2017) l’a surtout observé quand deux chiens étaient encore à distance l’un de l’autre. Regardez la suite : s’il détourne la tête ou se lèche la truffe, arrêtez la caresse et attendez qu’il revienne vers vous. S’il reste collé et souple, c’est un simple bâillement.

Peut-on utiliser les signaux d’apaisement avec son chien ?

Aucune étude ne prouve que le chien lit un bâillement humain comme un signal. Ce qui marche, c’est ce que ces gestes impliquent : se mettre de côté, ne pas fixer, reculer, ralentir. Un chien inconnu qu’on aborde de biais, sans le regarder dans les yeux, reçoit moins de pression qu’un chien qu’on vient chercher de face.

Un chien qui se lèche la truffe est-il forcément stressé ?

Non. Pedretti et ses collègues (2023) ont vu ce geste chez des chiens calmes face à un humain neutre. Il dit l’incertitude plus que la souffrance. Ce qui compte, c’est l’accumulation : plusieurs gestes en peu de temps, dans une situation que le chien ne peut pas quitter, disent qu’il n’est pas d’accord.

Races concernées

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Sources

Notre méthode : sources publiques citées, contenus datés et relus.

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