La marche en laisse : apprendre à son chien à marcher détendu
Le protocole de la marche en laisse détendue, de la position payante dans le salon aux croisements de chiens en ville : matériel, étapes, séances, erreurs.

La marche en laisse n’est pas un ordre. C’est une habitude, et elle se prend dans un sens ou dans l’autre. Un chien qui a tiré pendant six mois a une habitude. Un chien qui a été payé pendant six mois pour marcher à côté de vous en a une autre.
Ce guide a été entièrement repris en août 2026. Il décrit le protocole, du salon jusqu’à la rue du marché. Si votre chien tire déjà fort, commencez par notre article mon chien tire en laisse, qui explique pourquoi et ce que ça lui coûte.
À retenir
- On demande une laisse détendue, pas une marche au pied : le chien peut renifler, à condition que la laisse ne se tende pas.
- La position à côté de vous doit payer, souvent, avant même qu’il y ait une laisse.
- Laisse tendue, on s’arrête ; laisse détendue, on avance. Sans exception.
- Le harnais à attache frontale et une laisse fixe de 1,5 à 2 mètres rendent le travail possible.
- Cinq à dix minutes par séance, deux séances par jour, pendant trois à six semaines.
Ce qu’on demande exactement
Beaucoup d’échecs viennent d’un objectif flou. On ne demande pas au chien de coller la jambe gauche pendant quarante minutes, c’est le « au pied », un exercice à part que nous décrivons dans apprendre le au pied. On demande une chose plus simple : que la laisse fasse un U entre lui et vous, en permanence. Il peut être devant, sur le côté, s’arrêter pour renifler. Il ne peut pas la tendre.
Formulé ainsi, l’exercice devient tenable pour lui comme pour vous.
Pourquoi il tire, en deux lignes
Parce que tirer l’a toujours fait avancer. Chaque promenade où il a tiré et où vous avez suivi a renforcé le comportement. Une revue publiée en 2022 dans le Veterinary Record rappelle que c’est le comportement que les propriétaires veulent le plus corriger, et que la grande majorité des chiens tirent au moins par moments (Townsend et al., 2022). La rééducation consiste à rendre la traction inutile, et la laisse détendue payante.
Le matériel
Un harnais avec un anneau sur le poitrail. Quand le chien tire, l’attache frontale le fait pivoter vers vous au lieu de lui donner un point d’appui. Sur 23 chiens de refuge promenés avec quatre équipements différents, une étude de 2024 a mesuré nettement moins de traction avec ce type de harnais qu’avec un collier martingale, sans différence nette de bien-être entre les équipements (Johnson et Wynne, 2024). Une revue de 2025 le place en premier choix pour un chien qui tire (Cavalli et Protopopova, 2025). L’ajustement compte autant que le modèle : voir choisir un harnais.
Une laisse fixe de 1,5 à 2 mètres, en sangle ou en cuir. Pas d’enrouleur, qui enseigne l’inverse : une laisse toujours tendue, et une traction qui fait toujours avancer. Le détail dans choisir une laisse.
Des friandises petites, molles, en grande quantité. Une pochette à la ceinture, du côté où vous voulez le chien.
Rien qui serre ou qui pique, rien qui envoie une décharge. Ces outils font mal, ils font peur, et l’arrêté du 19 juin 2025 interdit désormais aux professionnels de les utiliser ou de les enseigner. Sur un collier plat, la seule traction produit déjà des pressions capables de blesser le cou (Carter, McNally et Roshier, 2020) ; un collier conçu pour serrer n’a aucune place dans un apprentissage.
Étape 1 : la position payante, sans laisse
Tout commence dans le salon, sans laisse. Vous êtes debout, une friandise dans la main du côté où vous voulez le chien, disons à gauche. Il vient la chercher, vous la lui donnez à hauteur de votre genou. Vous faites un pas. Il suit, vous payez à nouveau au genou. Trois pas, paye. Vous tournez, paye.
En deux ou trois séances de cinq minutes, le chien a compris qu’il existe une zone magique près de votre jambe gauche où il pleut des friandises. Vous n’avez encore rien demandé. Vous avez rendu une position rentable.
Ajoutez un mot quand il est en place, « avec moi » ou « près », toujours le même. Puis espacez les payes : tous les trois pas, tous les cinq, tous les dix.

Étape 2 : la laisse, dans le jardin ou le couloir
Même exercice, harnais et laisse en place. La laisse ne sert à rien, elle pend. Vous marchez, vous tournez, vous payez la position. Si le chien part devant et tend la laisse, vous vous arrêtez, immobile, sans un mot. Dès qu’elle se détend, vous repartez et vous payez son premier pas à côté de vous.
C’est la règle du poteau. Vous ne tirez jamais vers l’arrière, ce qui déclencherait le réflexe inverse. Vous devenez simplement inutile à tirer.
Ajoutez les changements de direction. Sans prévenir, vous faites demi-tour, vous obliquez, vous accélérez, vous ralentissez. Un chien qui ne sait pas où vous allez vous regarde. Payez chaque regard.
Étape 3 : la rue calme
Choisissez une heure creuse et un trottoir sans grand-chose. Les cinq premières minutes sont une séance, pas une promenade : friandises, changements de direction, arrêts. Les premiers jours, vous ferez cinquante mètres. C’est normal. C’est aussi le moment où l’on est tenté de laisser tomber, parce que la voisine passe avec son chien qui marche impeccablement et que le vôtre est arrêté depuis trois minutes devant une boulangerie.
Une astuce qui aide : autorisez le reniflage comme récompense. Le chien marche détendu dix mètres, vous dites « va renifler » et vous le laissez aller au poteau qui l’intéresse. Il apprend que la laisse détendue conduit aussi aux odeurs.
Étape 4 : la ville, et les autres chiens
Montez la difficulté un cran à la fois. La rue du matin. Le marché. Le trottoir avec un chien en face. À chaque nouveau contexte, reprenez avec une paye plus fréquente, comme au début, puis espacez.
Le croisement d’un autre chien est le cas le plus dur. Anticipez : dès que vous le voyez, changez de trottoir ou tournez, payez la position sans attendre que la laisse se tende. Vous cherchez à ce que la vue d’un congénère déclenche un regard vers vous, pas une charge. Si votre chien aboie et charge au bout de la laisse, ce n’est plus un problème de marche mais de réactivité, et un professionnel est utile.
Les séances
Deux séances de cinq à dix minutes par jour valent mieux qu’une heure le dimanche. Les explications sont dans notre article sur la durée d’une séance. Et pendant toute la période, une question se pose : que faire des vraies promenades, celles où vous n’avez pas le temps ?
Deux options. Soit chaque sortie devient une séance, plus courte. Soit vous séparez les tenues : harnais frontal et laisse courte pour le travail, harnais dorsal et longe dans un parc pour la dépense, où tirer ne compte pas. Le chien fait la différence en quelques jours, et vous ne défaites pas le soir ce que vous avez construit le matin.

Les erreurs qui coûtent des semaines
Tirer vers l’arrière. Le chien s’appuie contre la résistance, comme on s’appuie contre le vent. Vous fabriquez de la traction.
Payer trop rarement au début. Une friandise tous les cinquante mètres ne construit rien. Au début, c’est tous les deux pas.
Demander le au pied strict. Un chien qui ne peut jamais renifler finit par tirer vers la première odeur venue. Le reniflage est la récompense la plus puissante que vous ayez.
Changer d’équipement tous les quinze jours. Un harnais neuf ne remplace pas les séances.
Le coup sec, ou la correction. La prise de position de l’AVSAB de 2021 est claire sur ce point, et elle fait référence chez les vétérinaires comportementalistes.
La récompense offre le plus d’avantages et le moins de risques pour l’apprenant.
AVSAB, Position Statement on Humane Dog Training (2021), traduit de l’anglais
Le chiot, le chien adulte, le petit chien
Le chiot n’a pas encore d’habitude, et c’est votre chance. Dès les premières sorties, à deux ou trois mois, payez la position. Il n’apprendra jamais à tirer s’il n’a jamais appris que ça marche.
Le chien adulte qui tire depuis des années a une habitude solide. Le protocole est le même, mais comptez le double de temps, et acceptez les régressions les jours de grand vent ou de gibier.
Le petit chien, enfin, a un cou fragile. Chez le yorkshire, le chihuahua ou le spitz nain, le collier est à réserver à la médaille, et la marche se travaille sur harnais. C’est aussi ce que conseillent les vétérinaires pour les chiens sujets au collapsus trachéal, fréquent chez ces petites races.
Quand demander de l’aide
Si après un mois de séances régulières le chien tire toujours autant en rue calme, si vous avez peur de tomber, ou si la marche est compliquée par des charges vers les autres chiens, un éducateur en méthode positive voit en une séance ce qui bloque. Comptez 50 à 80 euros la séance à domicile. Notre annuaire des professionnels en recense près de chez vous.
Sur quoi repose ce guide
Le choix du harnais frontal s’appuie sur l’essai de Johnson et Wynne (2024) et sur la revue de Cavalli et Protopopova (2025). Les pressions exercées par les colliers viennent de l’étude de Carter, McNally et Roshier (2020). Les données sur la fréquence de la traction viennent de la revue de Townsend et al. (2022). Le refus de la correction suit la prise de position de l’AVSAB (2021) et, en France, l’arrêté du 19 juin 2025. La progression en étapes relève de la pratique courante des éducateurs en renforcement positif ; à notre connaissance, elle n’a pas fait l’objet d’essais contrôlés comparant les protocoles entre eux.
Questions fréquentes
Faut-il choisir le côté gauche ? Non. La tradition vient des concours d’obéissance. Choisissez un côté et tenez-vous-y, c’est tout ce qui compte.
Mon chien marche bien puis se jette sur une odeur. Que faire ? Anticipez. Quand vous voyez l’odeur arriver, demandez la position, payez, puis autorisez le reniflage avec un mot. L’odeur devient une récompense que vous distribuez.
Combien de temps avant une marche détendue en ville ? Une à deux semaines pour les premiers progrès en lieu calme. Un à deux mois pour une marche fiable en ville, davantage chez un chien adulte qui tire depuis longtemps.
Le harnais frontal suffit-il sans exercices ? Il réduit la traction dès le premier jour, mais il n’apprend rien. Si vous l’enlevez, le chien tire à nouveau. C’est un outil de travail, pas une solution.
Races concernées
À lire ensuite






Sources
- Townsend et al., Lead pulling as a welfare concern in pet dogs: What can veterinary professionals learn from current research?, Veterinary Record (2022)
- Johnson et Wynne, Comparing efficacy in reducing pulling and welfare impacts of four types of leash walking equipment, PeerJ (2024)
- Cavalli et Protopopova, Review of Collars, Harnesses, and Head Collars for Walking Dogs, Animals (2025)
- Carter, McNally et Roshier, Canine collars: an investigation of collar type and the forces applied to a simulated neck model, Veterinary Record (2020)
- Arrêté du 19 juin 2025 fixant les règles sanitaires et de protection animale des activités liées aux animaux de compagnie, article 14
- AVSAB, Position Statement on Humane Dog Training (2021)
- VCA Animal Hospitals, Tracheal Collapse in Dogs
Notre méthode : sources publiques citées, contenus datés et relus.
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